Dans la logistique moderne, naviguer à vue est interdit. La volatilité des coûts du carburant, la pénurie de chauffeurs et l’exigence croissante des clients imposent une rigueur absolue. C’est ici qu’intervient le plan de transport.
Il ne s’agit pas simplement de décider quel camion partira demain matin (ça, c’est le planning quotidien). Le plan de transport est une stratégie à moyen et long terme. C’est l’architecture de votre distribution. Il définit les flux, les partenaires, les modes de transport et les coûts cibles.
Construire un plan de transport robuste est un exercice d’ingénieurie logistique. Pour le mettre en musique au quotidien, l’appui d’un logiciel de pilotage est indispensable, mais l’outil ne fait pas tout : il faut d’abord penser la stratégie. Voici la méthode pas à pas pour structurer votre réseau de distribution.
Étape 1 : L’analyse des flux (Le diagnostic)
On ne peut pas optimiser ce qu’on ne connaît pas. La première étape consiste à cartographier vos flux existants. Sortez les données de l’année N-1.
Vous devez identifier précisément :
- La typologie des envois : Expédiez-vous des palettes complètes (80×120), du vrac, des longueurs, du colis messagerie ?
- La géographie : Où sont vos clients ? Avez-vous une concentration en Île-de-France et un désert logistique dans la Creuse ?
- La saisonnalité : Avez-vous des pics d’activité à Noël ou en été qui saturent vos capacités habituelles ?
- Les contraintes clients : Certains exigent-ils des hayons, des livraisons sur RDV, ou de l’entrée en centre-ville (ZFE) ?
Cette « data » est la matière première de votre réflexion.
Étape 2 : Définir le schéma directeur (Make or Buy ?)
Une fois les flux identifiés, vous devez choisir votre modèle opérationnel. C’est la question stratégique du « Faire ou Faire-faire ».
Trois grandes options s’offrent à vous :
- La flotte propre : Vous investissez dans vos propres camions et chauffeurs. C’est idéal pour maîtriser l’image de marque et la qualité de service sur des flux réguliers et denses. Mais c’est un coût fixe lourd.
- L’affrètement régulier (Contrat cadre) : Vous confiez des lignes régulières à des partenaires transporteurs. Vous négociez des tarifs à l’année. C’est un bon compromis flexibilité/coût.
- Le Spot : Vous achetez du transport au coup par coup sur les bourses de fret. C’est la variable d’ajustement pour gérer les pics, mais c’est souvent plus cher et la qualité est variable.
Un bon plan de transport est souvent hybride : une flotte propre sur le « noyau dur » de l’activité, et de la sous-traitance pour absorber les variations.
Étape 3 : Le découpage géographique (Zoning)
Pour optimiser les coûts, il faut massifier. Envoyer un camion faire 500 km pour une seule palette est un suicide économique.
Vous devez découper votre territoire en zones logistiques (souvent par départements ou codes postaux) et définir des règles d’affectation :
- Zone Locale (ex: < 100 km) : Livraison en flotte propre avec des tournées de distribution (Milk-run).
- Zone Nationale dense : Lignes régulières en lot complet (FTL) vers des plateformes de cross-docking.
- Zone Internationale ou éloignée : Recours à des réseaux de messagerie (LTL) qui consolident les flux de plusieurs chargeurs.
Chaque zone doit être associée à un coût cible (ex: le coût à la palette pour livrer le département 33 ne doit pas dépasser X euros).
Étape 4 : La sélection des prestataires et les Tarifs
Si vous sous-traitez, c’est le moment de lancer un Appel d’Offres Transport. Ne regardez pas que le prix au kilomètre.
Analysez la grille tarifaire :
- Le Binôme Poids/Distance : Comment le transporteur facture-t-il ? Au poids taxé ? Au mètre de plancher ? À la palette ?
- Les surcharges : Attention aux coûts annexes : surcharge carburant (indexation gazole), taxe de sûreté, frais de stationnement, supplément hayon.
Votre plan de transport doit intégrer ces grilles pour que votre système informatique puisse choisir automatiquement le transporteur le moins cher pour chaque expédition.
Étape 5 : L’implémentation dans le TMS
C’est l’étape de digitalisation. Votre plan de transport théorique (les règles définies sur papier) doit être paramétré dans votre TMS (Transport Management System).
Le logiciel va automatiser les décisions :
- Commande de 3 palettes pour Lyon ? -> Le TMS sait que pour cette zone et ce poids, le transporteur A est moins cher que le B. Il lui envoie l’ordre.
- Commande de 33 palettes pour Lille ? -> Le TMS sait que c’est un camion complet, il propose de l’affréter ou de l’assigner à votre flotte propre.
Sans cette automatisation, le respect du plan de transport dépend du bon vouloir de l’exploitant, et les dérives de coûts sont inévitables.
Étape 6 : Le contrôle et l’amélioration continue
Un plan de transport n’est jamais figé. Il vit. Vous devez mettre en place des KPI (Indicateurs Clés de Performance) pour vérifier son efficacité :
- Écart Coût Réel vs Coût Théorique : Avez-vous payé plus cher que prévu ? Pourquoi ? (Urgence, indisponibilité du transporteur principal ?).
- Taux de service : Vos transporteurs « low-cost » livrent-ils à l’heure ? Si non, le coût du litige client annule l’économie transport.
- Remplissage : Vos camions partent-ils pleins ?
Révisez votre plan de transport au moins une fois par an, ou à chaque variation significative du prix du carburant ou des volumes clients.
FAQ : Plan de transport
Quelle est la différence entre plan de transport et plan de tournée ?
Le plan de transport est stratégique : il définit qui transporte quoi vers quelle région et à quel prix. Le plan de tournée est opérationnel : il définit l’ordre exact de passage du camion (Client A à 8h00, Client B à 9h00) pour optimiser les kilomètres du jour J.
Peut-on faire un plan de transport sans logiciel ?
Pour une TPE avec très peu de flux, un fichier Excel complexe peut suffire. Dès que les volumes augmentent ou que vous mixez flotte propre et affrètement, c’est humainement impossible d’optimiser sans un algorithme TMS. Vous perdrez de l’argent sans vous en rendre compte.